Fédération Suisse des Sports Équestres FSSE

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Dossier: Détention des chevaux, aménagement du territoire

Contamination alimentaire: Dopage involontaire - les substances
non désirées dans les aliments fourragers du cheval

21 août 2017 10:00

En 2015 et 2016, deux cas de contrôles antidopage positifs dus à une contamination alimentaire avec des substances naturelles ont suscité beaucoup d’attention en Suisse. Dans une étude de la Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires (HAFL), 28 échantillons de fourrage pour chevaux provenant de Suisse et de l’étranger ont été soumis à un test de dépistage de contamination éventuelle avec des substances dopantes.

Le dopage, qu’est-ce que c’est?

On entend par dopage la prise de substances interdites ou l’utilisation de méthodes non autorisées souvent dans le but d’augmenter ou de maintenir la performance sportive. A contrario, on entend par médication l’ordonnance ou l’utilisation de médicaments à dosage défini pour la prévention ou le traitement de maladies.

L’association mondiale d’équitation, la Fédération Equestre Internationale (FEI), fait la différence entre les listes des «banned substances» (substances interdites) et des «controlled medication substances» (substances de médication contrôlées) (encadré 1) dans ses directives «Equine Anti-Doping and Controlled Medication Regulations» (EADCMR). La liste des «banned substances» contient actuellement plus de 1000 substances, celle de la médication contrôlée plus de 100.

Lors des tests antidopage, l’on contrôle que des concentrations négligeables pour le corps ne soient pas dépassées pour certaines substances administrées, c’est-à-dire que celles-ci n’aient pas d’effet notable sur le cheval (Irrelevant Drug Concentration, IDC). Certaines substances, appelées «threshold substances» (substances-seuil, par ex. la testostérone ou l’hydrocortisone) sont présentes de manière naturelle à faible concentration dans le corps. Pour ces substances est définie une valeur-seuil ne devant pas être franchie.

A partir du 1er janvier 2016, la FEI a déclaré certaines substances dopantes pouvant également être d’origine végétale comme «specified substances» (substances spécifiques). Certaines substances comme par exemple les alcaloïdes de l’opium du pavot somnifère comme la morphine, la codéine ou la papavérine en font partie. Cette déclaration prévoit qu’un test positif n’entraîne pas la publication directe du résultat et la suspension immédiate du sportif. De cette manière, les cavalières et les cavaliers ne sont pas directement et parfois faussement accusés de dopage, mais seulement une fois qu’une analyse détaillée prouve qu’il s’agit effectivement de médication interdite ou de dopage.

La Fédération Suisse des Sports Equestres (FSSE) s’oriente aux règles de la FEI. En ce qui concerne l’observation des directives sur la protection des animaux, ce sont la loi fédérale sur la protection des animaux (LPA) et l’ordonnance sur la protection des animaux (OPAn) qui font office d’instance suprême pour toutes les associations suisses de sports équestres. La législation renvoie explicitement à l’interdiction d’administrer des substances et des produits dans le but d’influencer la performance sportive. La participation à des compétitions est également interdite en cas d’administration de substances interdites par les listes de référence des associations sportives.

Culture du pavot somnifère en Suisse. Culture du pavot somnifère en Suisse.

Substances dopantes dans les aliments fourragers pour chevaux?

A chaque étape de la chaîne de transformation du fourrage, des substances dopantes peuvent trouver leur chemin dans l’alimentation du cheval: de la semence au consommateur final, en passant par la culture, la récolte, le moulin à fourrage, le fournisseur ou le transport.

Pour son travail de diplôme, Noémie Zink, étudiante à la Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires (HAFL), a soumis un total de 28 échantillons de fourrage pour chevaux provenant de Suisse et de l’étranger à un test de dépistage de contamination éventuelle avec des substances dopantes.

16 échantillons suisses ainsi que 12 échantillons provenant de l’étranger ont été testés. Les matières premières principales des aliments pour chevaux comme l’avoine, l’orge, le son de blé ou le tourteau de soja ainsi que le fourrage grossier de base comme le foin et la luzerne ont été pris en considération lors du choix des échantillons. En plus de cela, deux échantillons de graines de pavot issus de l’agriculture suisse (récolte 2015) ont également été analysés.

L’un des échantillons de graines de pavot a été prélevé d’après la procédure habituelle de récolte et de nettoyage. La récolte a été effectuée par une moissonneuse-batteuse utilisée normalement pour le battage de céréales. En dépit de l’objectif d’abîmer le moins possible les graines de pavot, les capsules ont dû être retirées lors de la récolte avant le traitement ultérieur. L’autre échantillon a été prélevé à la main au même moment sur la même parcelle avec les capsules. Celles-ci n’ont été ouvertes qu’au laboratoire avant l’analyse des graines. Les graines de pavot ainsi que tous les autres échantillons ont été testés sur neuf substances différentes, une attention particulière étant donnée aux alcaloïdes d’opium provenant du pavot somnifère, c’est-à-dire les substances morphine, thébaïne, codéine, noscapine et papavérine. Les autres alcaloïdes soumis au dépistage étaient la théophylline et théobromine. L’atropine et la colchicine ont également été prises en considération dans l’analyse. Le tableau 1 donne un aperçu de la présence naturelle et de l’effet des substances testées dans cette étude pouvant contaminer l’alimentation des chevaux. Il est également mentionné si ces substances sont listées dans les catégories «banned» ou «controlled» par la FEI ou si elles ont été déclarées comme «specified substances».

Les résultats

Sur les 28 échantillons analysés, 18 (64%) étaient contaminés avec des substances dopantes naturelles. Cinq des neuf substances analysées ont pu être dépistées dans les échantillons d’avoine et de luzerne. Les échantillons de son de blé contenaient quatre substances dopantes différentes, le tourteau de soja et le foin en contenaient trois chacun. Les échantillons d’orge ne contenaient qu’une des substances testées. Aucun des échantillons ne présentait des traces de thébaïne ou de théophylline. Cependant, le nombre d’échantillons prélevés est trop faible pour permettre de faire des déclarations générales sur la fréquence d’apparition de substances dopantes dans certains aliments pour chevaux. De plus, la concentration des substances dépistées sur l’ensemble des échantillons était trop faible pour engendrer un effet visible chez le cheval (par ex. soulagement des douleurs ou augmentation de la performance).

Un exemple: avec la quantité de morphine dépistée dans l’avoine, le cheval devrait manger 2083 kg en une fois pour qu’il y ait un effet visible sur le corps. Cela ne signifie cependant pas qu’aucune trace de dopage à la morphine ou à une autre substance détectée en faible concentration ne soit présente dans l’urine ou le sang.

Les graines de pavot récoltées à la machine contenaient une concentration de morphine nettement supérieure que les graines récoltées à la main. La récolte de graines pas assez mûres ou l’endommagement de la capsule lors du battage peut conduire à une contamination au suc laiteux riche en alcaloïdes d’opium et donc à une teneur en morphine plus élevée. Cela fait des années que des solutions technologiques praticables sont recherchées afin de réduire le teneur en morphine des graines de pavot lors de la production. En effet, lorsque les graines sont extraites de la capsule en laboratoire, une contamination de celles-ci est pratiquement exclue. En ce qui concerne le dépistage chez le cheval, il suffit que celui-ci mange un petit pain au pavot contenant des graines à haute teneur d’alcaloïdes d’opium pour que le résultat du test antidopage soit positif.

Contamination non exclue malgré de hauts standards de qualité

L’analyse de 28 échantillons d’aliments fourragers pour chevaux a montré qu’une contamination avec des substances dopantes ne peut pas être exclue malgré de hauts standards de qualité.

En ce qui concerne l’interprétation des résultats, il s’agit de faire la différence entre la dose pouvant provoquer un effet visible chez le cheval (par ex. soulagement de la douleur ou augmentation de la performance) et la dose pouvant mener à un test antidopage positif sans effets sur le corps. Jusqu’à présent, trop peu de données sont disponibles afin de déterminer la dose à partir de laquelle un effet visible peut être constaté chez le cheval, c’est-à-dire à partir de quand la substance peut être dépistée dans l’urine ou le sang, et ainsi être considérée comme dopante.

Remerciements

Les auteurs souhaitent remercier l’Association suisse des fabricants d’aliments fourragers (VSF) et l’Interlabor Belp pour leur soutient et le financement partiel des analyses. Un grand merci va également aux producteurs d’aliments fourragers pour la mise à disposition des échantillons ainsi qu’à la Fédération Suisse des Sports Equestres (FSSE) pour ses conseils et l’accompagnement de l’étude.

Article original avec des informations complémentaires:

https://sat.gstsvs.ch/fr/ > Archive 2017 > 4/2017 > Wissenschaft/Science > Dopingrelevante Substanzen in Futtermitteln für Pferde / Substances ayant une importance en matière de dopage da ns les aliments pour chevaux

Conny Herholz, Noémie Zink et Stefan Probst, BHF-HAFL

Travail de bachelor sur le sujet des substances dopantes dans les aliments fourragers pour chevaux

«J’ai eu la chance de grandir au sein d’une famille détenant des chevaux. Jusqu’à aujourd’hui, une vie sans ces animaux magnifique est impensable pour moi. Chaque moment passé avec les chevaux est un réel Plaisir.»

Après le gymnase, Noémie a effectué le stage préalable obligatoire dans deux entreprises agricoles différentes avant d’entamer ses études de bachelor en agronomie avec orientation sciences équines à la HAFL. Depuis la fin de ses études en automne 2016, elle travaille auprès de la Fiduciaire TSM à Berne.

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