Fédération Suisse des Sports Équestres FSSE

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Dossier: Prévention d'accidents

La commotion cérébrale: un danger souvent sous-estimé dans les sports équestres

15 octobre 2018 08:00

Un accident est vite arrivé: le cheval fait un écart, le cavalier perd l’équilibre et se retrouve parterre avec du sable entre les dents. Rien de cassé ou de déchiré, juste un léger mal de tête - rien de grave! Rien de grave? Malheureusement, rien n’est certain, car les conséquences d’une commotion cérébrale sont encore largement sous-estimées.

Les cavaliers sont résistants. Les chutes font tout simplement partie de ce sport, chose que l’on apprend déjà lors des premières leçons d’équitation. «Si tu tombes, tu remontes tout de suite!» est un mantra inculqué aux cavaliers dès leur plus jeune âge. Cependant, les médecins tirent la sonnette d’alarme car de nouvelles études ont démontré que même un léger traumatisme cranio-cérébral, terme scientifique de la commotion cérébrale, peut provoquer des lésions graves et durables - en particulier en cas de traumatismes répétés ou insuffisamment soignés.

Plus vite arrivé qu’on ne le pense

Les blessures causées par des coups ou des chocs sont souvent vues comme étant des blessures minimes lorsque aucune plaie extérieure n’est visible et que les facultés de perception de la personne concernée ne sont pas affectées. De plus, l’on ignore souvent que non seulement les chocs à la tête mais aussi sur d’autres parties du corps - par exemple au tronc - peuvent être transmis à la tête. En règle générale, les symptômes aigus et visibles depuis l’extérieur d’une commotion cérébrale passent vite, laissant penser l’entraîneur et les personnes présentes que le sportif n’est pas blessé et qu’il peut se remettre en selle. Mais les commotions cérébrales ne provoquent pas toujours des vomissements ou la perte de conscience, et les lésions causées par ce genre de blessure ne sont pas non plus toujours visibles sur des radiographies. Néanmoins, les commotions peuvent entraîner des troubles des fonctions cognitives à court et, en cas de traumatismes répétés, long terme.

Photo: màd Photo: màd

Un court-circuit dans le cerveau

Le cerveau est entouré par l’os crânien et flotte dans une fine couche d’eau. Grâce à cette structure, les mouvements abrupts de la tête causés par exemple par des chocs sont amortis, évitant que le cerveau ne heurte l’os crânien et ne se blesse. Cependant, si le choc est trop important, cette fonction protectrice n’est plus suffisante; le cerveau est «secoué», des connexions entre les cellules peuvent se rompre. Parfois, des vaisseaux sanguins peuvent éclater et causer une hémorragie cérébrale. Ainsi, même un léger traumatisme cranio-cérébral peut mener à des troubles de la coordination, de la vue, de la perception, de l’ouïe ou du comportement. Ceux-ci sont souvent accompagnés de maux de tête ou de nausées, la personne concernée peut également avoir l’impression d’être enveloppée dans de la ouate. Il s’agit là d’un mécanisme de protection du cerveau qui diminue ses fonctions. Même si les symptômes ne sont que faibles, la prudence est de mise. En effet, les symptômes d’une commotion cérébrale sont souvent sous-estimés, en particulier dans la perception de la personne concernée. Les sportifs ne reconnaissent souvent pas la gravité de leur blessure et poursuivent l’entraînement une fois que les premiers symptômes aigus se sont estompés. Cela peut avoir des conséquences désastreuses, avertissent les experts. Effectivement, dans cet état, les risques de subir une deuxième commotion cérébrale sont particulièrement importants et les dommages à long terme encore plus graves. On parle alors du syndrome de deuxième impact.

Après une deuxième commotion cérébrale, le risque de complications comme la formation d’un oedème cérébral et la gravité du traumatisme augmentent. La même chute, n’ayant provoqué qu’un léger traumatisme cranio-cérébral la première fois, peut être très grave, voire mortelle, la deuxième fois. De plus, il faut partir du principe que la phase de récupération après le syndrome de deuxième impact sera bien plus longue et la probabilité de séquelles nerveuses et psychologiques (maladie de Parkinson et démence entre autres) bien plus haute.

Pour cette raison, les experts recommandent de ne pas pratiquer d’autre activité sportive le jour de l’accident. Il est également à observer que les enfants et les adolescents nécessitent une phase de récupération plus longue que les adultes.

Protocole Return-to-Play pour le retour au sport en hockey sur glace. Protocole Return-to-Play pour le retour au sport en hockey sur glace. Photo: màd

Diagnostic difficile

Les lésions du cerveau ne sont que difficilement identifiables par radiographie, tomographie par ordinateur, IRM ou autre procédé d’imagerie médicale. Cependant, de tels examens sont tout de même nécessaires afin de pouvoir exclure la possibilité d’une hémorragie cérébrale.

Mais comment peut-on donc reconnaître au cas par cas s’il y a commotion cérébrale et que d’autres examens sont nécessaires? Des modifications importantes des fonctions nerveuses surviennent surtout dans les premières 24 heures après la blessure. Les experts partent du principe que la phase de récupération totale dure de sept à dix jours, voire plus en fonction de la gravité du choc. Certaines personnes concernées se plaignent de symptômes encore une année après le choc, c’est pourquoi il est particulièrement important de bien observer le blessé juste après l’accident et tout au long des prochains jours et semaines. En plus des symptômes physiques (maux de la tête et de la nuque, vertiges, nausées, vision trouble, sensation de fourmillement de la peau, etc.), le choc du cerveau s’exprime surtout par une altération des capacités de performance cérébrales (fatigue, troubles de la concentration, diminution de la capacité de réaction, trous de mémoire, etc.) ou un changement du comportement social (agressivité, repli sur soi, troubles du sommeil, peur, dépression, etc.).

Afin d’aider les entraîneurs et accompagnateurs à reconnaître une commotion cérébrale, un groupe de neurologues a élaboré une carte de poche contenant les étapes de contrôle les plus importantes: le Concussion Recognition Tool™ (Image 1).

L’estimation subjective des personnes présentes quant à la nécessité d’effectuer de plus amples examens à l’hôpital n’est cependant que partiellement fiable. C’est entre autres pour cette raison qu’un test sanguin développé à l’Université de Genève et destiné à être commercialisé dès 2019 semble très prometteur. En effet, ce test rapide permet de diagnostiquer un traumatisme cranio-cérébral en seulement dix minutes grâce à une seule goutte de sang. Le test appelé TBIcheck se base sur le fait que certaines protéines pouvant être détectées dans le sang sont libérées lors d’une lésion des cellules cérébrales. Si le test est positif, le blessé doit se rendre à l’hôpital pour de plus amples vérifications. S’il est négatif, l’activité sportive peut être reprise (Image 2).

Retour progressif au sport

Une fois le diagnostic de la commotion cérébrale confirmé à l’hôpital, commence la phase de récupération et de réhabilitation. Lors de celle-ci, il s’agit de ne rien précipiter afin d’éviter les lésions durables. Le patient a besoin de repos physique et psychique absolu pour que le cerveau puisse se déconnecter et se réorganiser. Cette première phase de repos peut ainsi durer plusieurs jours. Ce n’est qu’une fois que tous les symptômes ont disparu que la remise en forme progressive peut être entreprise. A cet effet, un protocole Return-to-play (Image 3)

a été élaboré pour les sports intensifs avec beaucoup de contacts corporels. Bien qu’un tel protocole ne soit pas nécessaire pour les sports équestres, le retour en selle demande également beaucoup de patience. La phase de récupération et de réhabilitation dure au moins six jours. Cependant, les sportifs souffrent souvent de symptômes plus aigus et ont donc besoin d’une phase de récupération plus longue que la population moyenne. Les enfants et les adolescents récupèrent également moins vite que les adultes. 10 à 15% des personnes concernées souffrent encore une année après l’incident de symptômes d’une commotion cérébrale.

La bombe, une protection suffisante?

De nombreuses blessures à la tête, comme par exemple les fractures crâniennes, peuvent être évitées grâce à la bombe. Mais le cerveau subit de grandes forces lors d’une chute, et ce même si le cavalier porte une bombe. Le cerveau peut heurter l’os du crâne et entraîner un traumatisme cranio-cérébral. Les forces de rotation sont particulièrement sournoises. Elles proviennent d’une rotation lors de la chute, une situation très fréquente dans les sports équestres. Jusqu’à ce jour, il n’existe aucune législation prescrivant à quel point une bombe doit protéger contre les forces de rotation, seules les forces verticales sont testées.

Ici, une nouvelle technique amène une amélioration considérable: le Multi Directional Impact Protection System MIPS. Les casques équipés avec ce système ont une coque intérieure mobile. En cas de choc, le casque coulisse autour de celle-ci. Les forces rotatives ne sont ainsi pas reportées directement sur la tête et le cerveau est moins affecté.

Après une chute, une bombe doit toujours être remplacée, peu importe si elle est équipée d’un système MIPS ou non. Cela est aussi valable si la bombe non portée tombe par terre, étant donné que ses fonctions protectrices sont considérablement réduites même après un choc «sans tête».

Il est donc tout à fait sensé et recommandé de porter une bombe afin d’éviter de graves blessures à la tête. Diverses études ont démontré que les casques diminuent le risque de blessure à la tête d’environ 50%. Cependant, dans le meilleur des cas, les casques ne peuvent faire qu’atténuer une commotion cérébrale. Cavaliers et accompagnateurs doivent donc rester vigilants après une chute, même si la personne concernée portait une bombe, et observer intensivement le cavalier accidenté afin de reconnaître les symptômes d’une commotion cérébrale, resp. entreprendre les examens médicaux nécessaires.

Cornelia Heimgartner

Commentaire du président de la Commission médicale COMED

La commotion cérébrale est un problème médical qui est malheureusement souvent sous-estimé ou minimisé.

Une cheville foulée «enfle», fait mal et l’on ressent tout de suite le besoin de surélever le pied, de le refroidir avec de la glace et, si possible, «ne pas le poser par terre»! Rien de tout cela lors d’un traumatisme cranio-cérébral (TCC), alors que les séquelles de ce der-nier sont bien plus graves: des commotions répétées mènent malheureusement souvent à la maladie de Parkinson! Le TCC est minimisé et, contrairement à la cheville foulée,
l’on ne lui laisse pas de repos … et par là on entend repos complet:

Il faut éviter toute irritation du cortex cervical pendant sept à dix jours, autrement dit, pas de bruit (pas de musique!), pas de lumière (rester dans des pièces sombres, porter des lunettes de soleil - même dans le brouillard!), pas de stimulation (ne pas regarder la télévision, ne pas lire), pas d’effort mental, pas de travail. Laissez-vous mettre en arrêt maladie pour quelques jours!

Il s’agit là du meilleur traitement d’un TCC. A l’époque - mais les temps ont changé -, après une commotion cérébrale, l’on passait obligatoirement quelques jours à l’hôpital. Ce sont des mesures faciles à prendre et chacun devrait avoir la discipline nécessaire pour les mettre en pratique afin de favoriser le rétablissement et, il faut l’espérer, la guérison totale.

Tout comme il le ferait pour son cheval, le cavalier ne devrait pas précipiter le retour au sport, à la compétition (et au travail), et ce sans forcément suivre un protocole Return-to-play, comme il est recommandé de le faire en hockey sur glace!

Voilà les conseils de la Commission médicale de notre fédération. La COMED reste à votre disposition pour de plus amples informations concernant les commotions cérébrales et répond volontiers à vos questions médicales en lien avec les sports équestres.

Dr E. Pradervand

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