Fédération Suisse des Sports Équestres FSSE

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Quand les rêves deviennent réalité

20 décembre 2021 09:00

L’année dernière, Campari Z est passé au rang de star sous la selle d’Elian Baumann. Pourtant, le parcours a été long et difficile et si le cheval en est arrivé là, c’est grâce à sa propriétaire, Riccarda Wenger.

Riccarda Wenger et Campari Z lors d’une promenade tranquille dans la nature | © màd Riccarda Wenger et Campari Z lors d’une promenade tranquille dans la nature | © màd

On ne peut pas dire que Campari Z soit né sous une bonne étoile. Tout commença par un poulinage difficile. Le poulain ne put recevoir le précieux colostrum et passa en outre deux semaines à la clinique vétérinaire. Plus tard, la famille d’éleveurs Vanderwaeren eut l’idée de faire de Campari Z le successeur de sa mère et le cheval d’obstacle de leur fille, Kim. Elle confia alors son entraînement à un professionnel. Campari Z n’était pourtant pas un cheval facile, même si les séances de saut en liberté laissaient déjà entrevoir chez lui un talent exceptionnel. Malheureusement, le faire monter dans un van était une véritable sinécure et, pire encore, il était considéré comme inmontable, notamment sur les parcours de Saut. La famille Vanderwaeren fit appel à cinq entraîneurs différents. Sa propriétaire actuelle raconte: «Personne ne comprenait la cause du problème. Il a été examiné par des vétérinaires et les entraîneurs ont testé différentes approches afin de trouver une solution. Sans aucun succès.»

 

Première rencontre

Campari Z avait 7 ans lorsque la famille Vanderwaeren décida de renoncer et de le vendre à un marchand suisse. Celui-ci le céda au gérant de l’écurie qui hébergeait à l’époque le cheval de Riccarda Wenger. Elle se rappelle: «Il m’a tout de suite plu. Pourtant, cela ne fonctionnait pas non plus avec la cavalière de l’écurie. Il sautait bien, certes, mais il était souvent incontrôlable ou se bloquait. Parfois, il refusait même de sauter des cavalettis.» Une fois, pourtant, alors que personne n’avait le temps, elle sortit avec lui en extérieur. Et elle fut surprise de constater qu’en balade, Campari Z était parfaitement sage et détendu.

Le propriétaire ne disposant pas de cavalier approprié mais voyant un certain potentiel en lui, décida, au bout de deux semaines, de confier Campari Z à un cavalier d’obstacle professionnel en Italie. Là encore, sans succès. Riccarda Wenger se souvient: «Le cavalier italien a prétendu au bout de deux jours seulement que cela n’avait aucun sens, Campari Z n’apprendrait jamais à sauter. C’est pourquoi on a décidé de le vendre en Italie. Pourtant, personne n’était intéressé par un cheval aussi compliqué.» En mars 2015, le propriétaire se rendit donc en Italie pour aller récupérer Campari Z et tenter de le vendre en Suisse. Riccarda Wenger l’accompagnait. Elle sourit: «J’ai pris la décision de l’acheter alors que nous nous trouvions encore sur le chemin du retour. Il me faisait pitié car personne ne voulait de lui et n’était prêt à lui donner une seconde chance.»

Campari Z s’entend également très bien avec ses autres compagnons. | © màd Campari Z s’entend également très bien avec ses autres compagnons. | © màd

Lueurs d’espoir

De retour en Suisse, il lui fallut faire preuve d’une grande patience. Riccarda Wenger raconte: «Campari était brisé, n’avait aucune confiance en lui et attendait constamment des réactions négatives de la part de son cavalier.» Elle le monta alors en extérieur tous les jours pendant quatre mois. «Je l’emmenais de temps en temps en carrière, mais quand il devenait nerveux, je repartais les rênes longues en forêt.» Parfois, elle perdait presque patience, pourtant, l’impression que Campari Z avait bien plus à offrir lui redonnait toujours du courage.

Campari Z finit par reprendre confiance et commença à accepter - en dehors des sorties en extérieur et des séances de longe - de petits entraînements à l’obstacle. Riccarda Wenger nous en parle: «Il était toutefois trop fort pour moi. Les mauvais jours, il essayait de m’embarquer après chaque obstacle. J’ai quand même participé à un concours régional et pris alors conscience de son coup de saut exceptionnel. Bizarrement, il était plus détendu et plus facile à monter à l’extérieur qu’à la maison.» Elle décida alors de trouver un cavalier qui pourrait le faire progresser. Son choix se porta finalement sur Elian Baumann, un cavalier qu’elle connaissait depuis longtemps et qui, à l’époque, travaillait comme cavalier professionnel chez Pius Schwizer. «J’ai suivi le parcours d’Elian et j’aimais sa façon de monter avec sensibilité», explique la propriétaire de Campari Z. Elian Baumann accepta de monter le puissant bai. Il se souvient en riant: «J’avais un peu l’impression d’être un pantin. Il se défendait et je n’arrivais même pas à lui faire passer deux cavalettis. Afin de montrer ma bonne volonté, je l’ai monté plusieurs fois avant de déclarer à Riccarda que dépenser du temps et de l’argent pour ce cheval ne valait pas la peine.» Elle persista. Elian étant en train de se mettre à son compte, il accepta finalement de remonter Campari Z.

Afin de lui prouver que ce cheval avait bien plus de potentiel qu’il n’en laissait paraître à l’entraînement, Riccarda Wenger lui proposa de sortir en concours. Elian Baumann, toutefois, refusa de croire que Campari Z serait plus facile à monter à l’extérieur qu’à la maison et craignait pour sa réputation. En été 2016, il finit par se laisser convaincre et prit le départ à Root sur un parcours à 1,25 m. Et surprise: le couple boucla d’emblée un sans-faute, même s’il fut pénalisé par un dépassement de temps. Elian Baumann raconte: «J’étais surpris de constater que le cheval était effectivement bien plus performant que je croyais et j’ai donc accepté de lui donner une seconde chance.» Au début, il leur fallut renoncer aux têtes de classement, la propriétaire et le cavalier ayant décidé d’aborder les parcours avec calme, quitte à dépasser le temps autorisé. Cela s’est avéré payant puisque, peu de temps après, Campari Z était au départ d’un parcours à 1,45 m, se classait d’emblée et gagnait, un an plus tard, son premier Grand Prix à Lignières à 1,55 m.

Depuis que Campari Z dispose d’un box avec paddock, il est devenu encore plus calme et détendu. | © màd Depuis que Campari Z dispose d’un box avec paddock, il est devenu encore plus calme et détendu. | © màd

Les rêves deviennent réalité

Riccarda Wenger se souvient: «J’ai été très contente de remporter ces succès, mais je ne voulais pas forcer les choses. Elian m’avait prévenue qu’avec un cheval aussi difficile, il pouvait y avoir des rechutes soudaines. Cela n’est pourtant jamais arrivé.» A cette époque, elle commença à publier des vidéos de Campari Z sur YouTube, lesquelles furent alors visionnées par la famille d’éleveurs. Kim Vanderwaeren, qui cherchait régulièrement son ancien poulain sur Internet, tomba sur les films. «Kim m’a écrit et m’a raconté l’histoire de mon cheval. Depuis, nous sommes restées en contact. La famille a même acheté un camping-car et se rend, en tant que fans inconditionnels, sur de nombreux concours afin d’encourager Elian et Campari Z.»

Campari Z continua à progresser. L’équipe resta fidèle à sa méthode d’entraînement spéciale. «Aujourd’hui encore, je le sors en extérieur tous les jours. J’en profite pour le travailler un peu en dressage et faire de nombreuses séances de trotting en montée. Je le longe également et je l’emmène chez Elian une fois par semaine», poursuit la propriétaire. Début 2018, elle décida en outre de changer d’écurie afin d’offrir à Campari Z un box avec paddock. Selon elle, cela contribua à le rendre encore un peu plus calme. 2018 fut également l’année lors de laquelle Elian Baumann sentit que Campari pourrait connaître le succès au niveau international. Il participa ainsi à des concours en Italie et eut la possibilité de prendre le départ à un concours 4* à Crans Montana où tous deux remportèrent une épreuve lors du Grand tour à 1,50 m. Cela attira d’ailleurs l’attention du chef d’équipe de l’époque, Andy Kistler, lequel proposa au couple de participer au Morocco Royal Tour. Elian Baumann et Campari Z se rendirent donc à Rabat pour leur première Coupe des nations et, avec une fois 4 points et une fois 0 point, purent célébrer leur première victoire avec l’équipe.

 

Une star à part entière

2019 fut à nouveau une année pleine de succès pour le couple. Elian Baumann intégra le cadre Elite, eut à nouveau la possibilité de participer au Morocco Royal Tour avec Campari Z et termina notamment troisième lors du Grand Prix 5* à Ascona. Puis vint la pandémie de coronavirus. Riccarda Wenger explique: «La saison a démarré tardivement et le nombre de concours était limité. Faute de compétition, Campari Z n’est pas parvenu à trouver son rythme. D’une certaine manière, il a fallu faire une croix sur cette saison.» Le succès fut toutefois d’autant plus fulgurant en 2021. Le couple Campari Z/Elian Baumann remporta le GP national d’Aarberg et obtint une 6e place sensationnelle au GP du CSIO de Saint-Gall, partageant les places de tête avec l’élite mondiale. Suivirent la victoire à la Coupe des nations à La Baule, la victoire au GP de Gorla Minore et, pour couronner le tout, la sélection pour les Championnats d’Europe à Riesenbeck. Riccarda Wenger raconte: «Les années précédentes, nous avons dit en plaisantant que nous participerions un jour à un grand évènement avec Campari Z. Cela est devenu réalité, c’est un véritable rêve. Nous avons souvent travaillé dans le bon sens pour cela, mais nous avons aussi eu de la chance.»

Le reste fait partie de l’histoire. Elian Baumann et Campari Z remportèrent le titre de champion d’Europe par équipe à Riesenbeck et passèrent alors au rang de stars. Campari Z se vit offrir une pause avant de repartir en concours dans son pays, à Genève et à Bâle. Interrogés sur leurs souhaits pour l’avenir, Riccarda Wenger et Elian Baumann répondent: «Campari Z n’a plus rien à prouver, mais nous rêvons d’une qualification pour les Jeux Olympiques de 2024 à Paris. Ensuite, notre star aurait 17 ans et pourrait alors prendre une retraite bien méritée.»

Barbara Würmli

Un rêve devient réalité: Elian Baumann et Campari Z au Championnat d’Europe 2021 à Riesenbeck (GER) | © Dirk Caremans Un rêve devient réalité: Elian Baumann et Campari Z au Championnat d’Europe 2021 à Riesenbeck (GER) | © Dirk Caremans

Souvenir des minutes qui ont directement suivi le titre de champion d’Europe par équipe à Riesenbeck. | © màd Souvenir des minutes qui ont directement suivi le titre de champion d’Europe par équipe à Riesenbeck. | © màd

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